Bonjour à tous !
Tout d’abord bravo pour cet excellent site avec un forum dynamique où l’on peut lire de multiples expériences de vie liées au kératocône.
Je tenais à vous faire part de mon témoignage qui ajoutera, je l’espère, une pierre à l’édifice, en espérant que quelques ophtalmologues consultent de temps en temps ces pages…
J’évoquerai dans les quelques lignes qui suivent la très laborieuse découverte de mon kératocône qui m’a valu un an d’angoisse et de déprime.
Tout commence à 27 ans au début de l’année 2003. Alors myope et astigmate, je subis une chute assez brutale de l’acuité visuelle de mon œil droit (cinq dixièmes d’un coup à peu près).
J’ai pensé que ma myopie s’aggravait, tout simplement, et j’ai trouvé, en conséquence, un ophtalmo réputé dans mon arrondissement parisien (je débarquais de ma province…).
Il m’a fait un examen visuel classique et évidemment, je répondais non à chaque fois qu’il me demandait si j’y voyais mieux avec les corrections de plus en plus fortes qu’il me proposait…
Perplexe, il me fit un fond d’œil, n’y vit rien et m’envoya faire une angiographie en urgence, pensant à du diabète oculaire.
Je passe l’angiographie très rapidement… Pas de diabète, mais des fibres à myéline, curiosité génétique sans conséquence aucune sur la vision, mais je le précise car ça aura son importance plus tard…
Je retourne voir mon ophtalmo réputé qui confirme l’absence de lien entre fibre à myéline et perte d’acuité visuelle… Je le sens perplexe et inquiet sur mon cas. Je lui demande si c’est grave… Il me répond « ça se peut »… On est en mars 2003.
Il m’envoie alors aux Quinze Vingt pour un bilan complet : champ de vision, potentiels évoqués et neurologie…
Juste avant de passer les PEV, j’apprends avec stupeur qu’il s’agit d’examiner si j’ai ou non la sclérose en plaques !
Pétrifié, je me rends un beau matin d’avril aux Quinze Vingt, où une spécialiste gentille et chevronnée m’informe que ce n’est pas la SEP…
Soulagé, je rencontre le neurologue dans la foulée, qui, intelligemment, ne me prescrit ni scanner, ni IRM au vu des résultats des PEV…
J’étais quand même rassuré mais mon problème de perte d’acuité visuelle subsistait, même avec la correction plus forte que m’avait prescrite mon ophtalmo réputé…
Je suis donc retourné le voir avec mes examens à l’appui… Et là, ce grand spécialiste m’affirme clairement qu’il ne peut rien faire pour traiter mon cas, que j’ai simplement une amblyopie de mon œil droit depuis ma plus tendre enfance !
Evidemment je suis bête… Je ne m’en étais jamais aperçu avant !
Commence alors une longue valse des ophtalmologues. J’en ai vu six différents en six mois dont deux soit disant grands pontes…
J’ai tout entendu : « votre problème est psychosomatique », « ce sont les fibres à myéline » (on y revient), « fatigue visuelle »…
Je rentrais alors dans une détresse totale avec une vue qui baissait de jour en jour…
Cependant je ne me résignais pas et j’allais voir un huitième ophtalmo (début 2004), un petit jeune qui venait de commencer, très bien équipé technologiquement.
Je lui explique mes déboires, il me fait passer des examens, et au bout de cinq minutes, il me dit « je sais ce que vous avez, c’est un kératocône ».
Il m’explique alors de façon condensée tout ce que j’ai retrouvé sur le site : l’amélioration visuelle avec des lentilles rigides à condition de les supporter, la greffe éventuelle en cas d’évolution, etc…
En ce qui me concerne donc, compte tenu de cette année 2003 cauchemardesque le mot « kératocône » a été un soulagement énorme.
Je ne remercierai jamais assez ce petit médecin d’avoir eu l’intelligence de s’équiper d’un topographe de cornée et de s’en être servi en ce qui me concerne, contrairement à d’autres qui n’en avaient pas ou qui n’ont même pas pensé au kératocône !
Evidemment j’ai demandé à cet ophtalmo pourquoi était-il le seul à avoir pensé au KC… Il m’a répondu que malheureusement la plupart de ses confrères pensaient tout de suite « fond d’œil » au lieu d’examiner la cornée.
Il m’a dit aussi que mon kératocône était difficilement décelable sans topographe et à l’époque très peu développé, et pourtant ça ne l’empêchait pas de brouiller sensiblement ma vision !
Il m’a envoyé vers une contactologue très compétente qui me prescrit des lentilles avec lesquelles j’obtiens 10/10 à chaque œil (3/10 et 1/10 sans correction !).
J’ai l’impression d’avoir beaucoup de chance dans mon « malheur », d’avoir trouvé, au final, les bonnes personnes, même si les lentilles rigides c'est parfois difficile (surtout le soir)...
C’est pourquoi je lance un message d’encouragement à toutes personnes atteintes de KC : au vu de ma petite expérience, il ne faut pas hésiter à changer plusieurs fois d’ophtalmo, de contactologue…
Il ne faut pas hésiter à remettre en cause la parole de certains grands pontes (je ne dis pas qu’ils sont tous nuls, je dis simplement que parfois ils se trompent et qu’ils ont des ego trop importants pour se remettre en cause)… Je pense aussi, hélas, que beaucoup d’ophtalmos n’aiment ni leur métier, ni leurs patients et donc, n’ont pas la curiosité nécessaire pour poser un vrai diagnostic.
Certains reculent devant les difficultés, se terrent dans le mensonge plutôt que de rouvrir leurs bouquins…
Certes, pour conclure, je pense aussi que j’ai beaucoup de chance dans mon KC : il est pas très avancé comme me l’explique ma contactologue : mes déboires furent davantage relatifs à la difficulté de diagnostiquer « la bête » qu’à la traiter…
Cependant, même une fois le KC diagnostiqué, je suis persuadé que beaucoup n’ont pas trouvé le bon contactologue, contrairement à moi.
Je ne peux que leur dire « ne baissez pas les bras et continuez à chercher » !